Jean Klépal - Mars 2004

Il s’en est allé le 1er mars 2004 au terme d’un long combat. Alain Diot, peintre vivant.
Des souvenirs ? Ils sont nombreux, de rencontres ailleurs, Paris, New York, de travaux en commun, expositions, repas, fabrication de livres d’artiste , discussions un verre à la main.

Ce sont plutôt les permanences qui comptent, tel son goût de la vie et des contacts. « Il y a la vie (…) J’aime la vie comme dans la vie (…) J’aime le regard le regard des enfants qui me fait voir dans des endroits qui me sont cachés depuis longtemps » . Son amour de la relation. Aussi sa bienveillance et son attention, qui l’ont notamment conduit à Kobe au Japon, sitôt après le tremblement de terre. Jamais surpris, toujours à l’aise où que ce soit, avec quiconque d’où qu’il soit. Il prenait tout son temps, le temps de la réflexion pour exprimer la chose juste. « On vit les mots avant de les comprendre, et après ? »

Jamais pressé, toujours concentré, toujours éveillé, curieux de ce qu’il voyait, entendait, saisissait. Chaque moment, chaque acte, le plus apparemment futile, avait une importance pour lui, s’apparentait à la permanence de son travail. « J’ai ressenti le besoin de ne rien faire et je n’y suis jamais arrivé (…) J’essaie d’avancer, de comprendre, c’est souvent laborieux, les chose m’échappent, se font seules, comme si j’étais absent (…) En faire le moins possible, à saturation (…) Le travail c’est ce qui m’aide, ce qui me permet d’élargir le champ (…) La peinture est ma colonne vertébrale, mon éthique. »

Au fond de son atelier, une fenêtre par laquelle il observait les frémissements lumineux des feuillages. Il s’efforçait de capter les variations, les intervalles entre ombre et clarté. Il se tenait à l’affût des formes et des couleurs, des apparitions et des disparitions comme dans cette grande exposition à la Fondation Cartier, à Paris (avril-mai 1997). « Mon travail est un déplacement lent et ininterrompu de l’impossibilité de fixer la vie » . Son souci était principalement de liaison entre le vide et le plein, il questionnait les intervalles entre le savoir et le non-savoir. « Partager le non-savoir me paraît aussi important que de partager ce que l’on sait » .

Il éprouvait une véritable passion pour la musique. Sa connivence avec Barre Philipps les a conduit à improviser fréquemment en harmonie parfaite. « La couleur dans le son, le son dans la couleur (…) Les musiciens parlent de couleur et d’espace, de vibrations, d’énergies, de voyages, de mouvements, de silence, de son. Je me tais, je partage, j’aime » .

Avec lui, la relation de travail était un résultat, une reconnaissance. Elle procédait d’une connivence patiemment tissée dans les amonts.
Je lui suis personnellement redevable de certaines de mes déraisons.

Jean Klépal, mars 2004