Revue IMPRESSIONS DU SUD, n° 22 - été 1989.
Peinture au lycée

La première Artothèque en milieu scolaire fonctionne depuis le 16 mars 1988 au Lycée Antonin Artaud, à Marseille. Créée à partir de presque rien grâce à la volonté d’un groupe d’enseignants, au soutien actif du Proviseur et à la générosité d’artistes connus ou moins connus, l’Artothèque essaie de combler le vide scandaleux que constitue l’absence d’enseignement d’Arts plastiques dans de nombreux lycées. Un espace que beaucoup de galeries privées doivent envier, un fonds permanent d’une centaine d’oeuvres contemporaines (dessins, peintures, lithographies, sculptures, photos) et, surtout, une problématique originale font déjà de ce lieu un exemple pour d’autres entreprises. Les élèves et le Personnel du lycée peuvent emprunter une oeuvre - moyennant une faible caution annuelle - et la conserver durant trois semaines ; ce n’est là qu’un moyen de rencontre avec l’objet d’art, ce n’est pas le seul.
Cette année, sur le thème Assemblages, l’Artothèque a abrité trois expositions, trois artistes fort différents : Joan FONTCUBERTA (du 3 au 24 mars), Jean-Jacques CECCARELLI (du 14 avril au 5 mai) et Louis PONS du 12 mai au 2 juin). Un premier numéro des Carnets de l’Artothèque rend compte de ces trois expositions au travers d’entretiens avec les artistes.

Le 16 mars 1989, une rencontre était organisée entre les élèves d’une classe de 1ere A et le peintre Alain DIOT. Madame COURAUD, professeur de Lettres, prépare cette classe à devenir la messagère d’une initiation aux Arts plastiques à l’intérieur du Lycée.
Alain DIOT vit et travaille à Saint-Maximin (Var) ; son oeuvre est de mieux en mieux connue. De multiples expositions se sont tenues depuis quinze ans, l’une est en cours à la Fondation Cartier.
La matinée fut bien remplie : projection de deux films (Réalisation Video Scribe), l’un montrant l’atelier du peintre et un choix significatif de dessins et peintures, l’autre - en cours de montage - rendant compte d’une expérience musique/peinture réalisée par le contrebassiste Barre PHILLIPS et Alain DIOT. La projection fut suivie d’une discussion puis d’une visite à l’Artothèque où quelques dessins et peintures de DIOT étaient exposés. Par petits groupes spontanément constitués, le débat s’engagea.
Animateur occasionnel de la manifestation, j’ai été frappé par le sérieux des jeunes gens à qui elle était destinée. Aucune complaisance, une volonté bien affirmée de ne pas accepter sans comprendre. Les questions pertinentes revenaient sans cesse : sur l’art non figuratif, l’abstraction, les critères du jugement esthétique, l’intention du peintre, la difficulté qu’il y a à se former une opinion sur les multiples tendances de l’art contemporain. Selon sa manière, Alain DIOT a tenté de répondre à ces interrogations, sereinement, passionnément.
Il faut signaler la présence bénévole de personnes extérieures à l’Education Nationale : Monsieur Jean-Marc de SAMIE, photographe, Messieurs Christian MALBOSC et Jacques SOULIOL de l’Atelier de création Video Scribe (1). Un film de dix minutes fut réalisé sur cette matinée et une copie gracieusement fournie à l’Artothèque.
Au moment où j’écris, l’exposition Louis PONS suscite un grand intérêt. Souhaitons longue vie à l’Artothèque et courage et patience (il en faut...) à tous ceux qui l’animent.

(1) Video Scribe, association Loi de 1901, agrément pour la formation par la Délégation régionale à la Formation professionnelle. Atelier : 143, avenue de la Capelette, Marseille.