Paul MARTIN : Textes sur Alain DIOT.
Exposition au Centre Culturel d’Aups, 16 - 28 janvier 1989.
La volonté de voir

Exposer : donner à voir et donc figer provisoirement une étape d’une peinture qui continue, qui a un jour commencé. Exposition : condensation, lieu où viennent se fondre, se mêler des thèmes, formes et passages.

On ne peut séparer ce qui est de ce qui fut dans ce qui constitue l’aventure picturale d’Alain DIOT. Qui a vu la série des Feuillages perçus à travers l’opacité du réel (souvent, la vie est opaque, l’acuité du regard consistant alors à trouer une sorte de buée pour atteindre les choses) sera peut-être surpris devant ces peintures où les formes semblent se dilater, céder toute la place à la couleur. Toute la place ? Non, car l’écriture de signes est encore présente, celle qui parcourt depuis longtemps l’oeuvre en noir et blanc - encre de Chine ou peinture.

Souvent, Alain DIOT dit : “C’est mon travail qui m’emmène dans des directions inattendues.” Et certes, il y a le réel mouvant, la peinture et - animant l’un et l’autre - la volonté de voir. La peinture aide à voir, celui qui regarde - vous et moi - mais aussi celui qui peint ; elle propose un aller-retour de l’extérieur vers l’intérieur. Les formes du dehors viennent rejoindre l’imaginaire du peintre et parler de ce qui ne peut autrement se dire.

Mariant l’ampleur de la couleur et la précision du signe, animée par un souci d’authenticité qui vise à constituer un langage personnel inséparable de la vie quotidienne collective, la peinture d’Alain DIOT, heureusement de mieux en mieux reconnue, est l’une des plus fortes - des plus vraies, risquons le mot - de notre temps. Les choses immobiles sont en mouvement dans le regard du peintre ; elles s’animent alors pour nous et ouvrent un nouvel espace à notre vision.

Paul MARTIN