| Quelques mots pour Alain Mathé Perrin - Septembre 2004 Notre rencontre remonte à de longues années. Je pense que c’était en 1974 avec Jean-Bernard Hebey. J’avais d’abord vu son travail. Puis Jean-Bernard me l’a présenté. J’ai tout de suite considéré Alain comme un personnage fascinant avant qu’il ne devienne très vite un ami. J’étais subjuguée par sa sagesse, son regard, sa gestuelle… même sa façon de rouler ses cigarettes était inimitable. Son sourire puis son rire en cascade quand on racontait une bêtise, je l’entends. L’importance qu’il donnait à l’autre en se mettant à son écoute, en réfléchissant posément à la juste réponse, en sachant toujours rassurer d’un mot tendre et vrai. Tout en lui avait une force. J’ai admiré son indulgence à l’égard de tous, sa grande tolérance, sa générosité aussi. Jamais je ne l’ai entendu dire un mot de travers sur quiconque. Il vivait dans un autre temps, dans son univers à lui. J’ai toujours pensé que j’avais de grandes leçons à prendre de lui. Comme d’un sage. J’adorais son côté bon vivant. Le champagne, le vin, les bonnes bouffes, les discussions durant des nuits entières… les virées improvisées, les fiestas. Il suivait partout, il était toujours là, le dernier. Il ne voulait rien « perdre ». Et puis Alain l’artiste. Celui qui pouvait racontait des heures sa peinture si on l’interrogeait. Il parlait, s’interrompait, parlait encore, s’interrompait, observait sa toile dans le silence, attendait pudiquement une réaction. Il était humble et tellement sensible. Je lui ai souvent trouvé du génie mais il avait choisi une forme d’isolement qui ne l’aidait pas à se faire reconnaître comme il le mérite. Mais c’était là sa forme d’indépendance : ne pas tomber dans le système. J’ai plein d’œuvres différentes de lui. Il y en a que j’affectionne plus que d’autres, certaines que je ne me lasse pas de regarder, comme celles qui sont dans ma chambre au bord de la mer. Elles me fascinent. J’imagine Alain face à sa toile, Alain avec son talent, sa rigueur, sa pudeur. Alain, l’exception. Alain, l’unique. Alain, le délicat. Je pense souvent à lui. Je n’arrive pas à réaliser qu’il ne va plus arriver. Comme là, à la fin de ce mois, pour me retrouver à Toulouse pour le festival. Il a toujours été auprès de moi dans les moments importants. Il me manque. Mathé Perrin |