Lors d' une tournée en France,Théolonius Monk retrouve, aprés une longue séparation, son ami Bud Powell. Ils passent la journée ensemble, sans un mot. Le soir Monk donne son concert et repart aux USA. A un journaliste qui l' interroge, Bud Powel déclare avoir beaucoup apprécié la longue conversation tenue avec Théolonius.

Dans cette anecdote, Alain, je te retrouve. Nous écoutons, nous nous nourrissons de la musique de Monk, mais aussi et surtout je te sais en profonde symbiose avec ce qui précède, toi qui as écrit dans les années 90:
"JE ME TAIS, JE PARTAGE, J'AIME.....ET ON VA BOIRE UN COUP."
Et c'est aidé par quelques citations que tu as signées ou approuvées, entre d'amicales gamelles où tu nous as fait découvrir ta tribu, que j'essaierai de dégager quelques points qui ont contribués à l'élaboration de ton travail.

"LES IDEES DOIVENT VENIR PAR LA MAIN, CAR C'EST LA MAIN QUI SAIT" Cette citation découverte ensemble, et que je ne saurais attribuer, t'a convenue. Elle rejoignait le sens que tu donnes à l' écriture de l'artiste.
Avant que l' infographie nous submerge, avant que nous tapions sur un clavier, nous avons appris à écrire.
De certains on disait qu'ils avaient une belle écriture. Or les bases étaient les mêmes pour tous, mais la morphologie de chacun est unique.
Entre écriture féminine et écriture masculine, on perçoit aisément les différences.
Entre pattes de mouche et ratures rageuses et extraverties, les tempéraments se dévoilent.
Alain tu penses qu' il en est de même pour les dessinateurs, pour les peintres. A travers les années formatrices, une "écriture" se dégage, plus ou moins décelable.Ell est la véritable signature de l'artiste.
Alain, ton oeuvre corrobore ce qui précède. Des oeuvres du début, celles que nous connaissions et celles que nous avons découvertes, jusqu' aux cartons découpés, les mêmes graphies se retrouvent. Malgré des instruments différents, des techniques diverses, on retrouve "l'alphabet"d'Alain Diot.
C'est pourquoi tu insistes sur l'importance du geste, car ta main que tu as sollicitée jusqu'à l' épuisement, ta main a en mémoire le "signe" nécessaire à l'oeuvre en devenir.

"ON EST SEULEMENT CE QUE L'ON A FAIT".
Deuxième citation que tu as fait tienne. Elle prend toute sa valeur quand on sait aujourd'hui, que tu as beaucoup fait, plus que tu ne montrais......Quel choc que la découverte de toutes ces oeuvres inconnues, jamais montrées !
Mais l'essentiel n' était-il pas dans l'évolution de ton travail, dans les promesses perçues dans le travail du jour et annonçant les oeuvres du lendemain?

"TOUT ME CONCERNE ET JE NE SAIS QUOI DIRE, JE NE DIS QU'ENTRE LES CHOSES"
Cette citation est tienne.Ta générosité excusait les excés, ton écoute patiente te faisait "voir"
entre le blanc et le noir, entre les dits et les non-dits, entre les signes....
Et ta main qui avait la mémoire des gestes à accomplir, ta main a su appliquer cette vision
à ton oeuvre, les pages de Liberation, "Do it", le bouquin de Jerry Rubin, les cartons où les
silhouettes évidées tombées sur le sol de l' atelier se sont retrouvées sculptures....

Et aujourd'hui, c'est nous qui sommes concernés par tout ce que tu as su exprimer "entre" chacune de tes oeuvres.